Sam Altman préfigure le futur de l’IA

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Dans une apparition attendue au rendez-vous annuel d’Intel, le créateur de ChatGPT a décrypté les enjeux d’une technologie qui changera le monde. Pour l’allié de Microsoft, l’intelligence artificielle sera un « big deal ». Rencontre.

T-shirt, jean et basket, Sam Altman, 38 ans, ressemble à un étudiant tout droit sorti de l’université. Le même look que Mark Zuckerberg à ses débuts, à cette différence près : OpenAI et sa plateforme ChatGPT ont atteint le succès mondial en quelques mois, quand il a fallu dix ans à Facebook pour s’imposer. Le roi de l’IA paraît plus à l’aise derrière des ordinateurs que devant la foule du centre de convention de San Jose, près de San Francisco : un millier d’analystes, investisseurs ou hommes d’affaires de la Silicon Val-ley venus l’écouter ce 21 février dialoguer avec Pat Gelsinger, patron d’Intel, en clôture de l’IFS Direct Connect, événement annuel du fabricant de semi-conducteurs.

« Pouvoir des puces »

Même s’il ne raffole pas de l’exercice, le cofondateur d’OpenAI est bien obligé de se montrer. En novembre 2023, il a été la cible d’une fronde d’une partie de son conseil d’administration, qui lui reprochait notamment d’avoir détourné l’organisation de son but non lucratif initial pour la transformer en entreprise commerciale. Il n’avait dû son salut qu’au soutien sans faille de Microsoft, son premier actionnaire après y avoir injecté 13 milliards de dollars. Un investissement précieux qui place le géant de Redmond en position de leader incontestable dans la bataille technologique actuelle. Et Sam Altman en est devenu la figure iconique. A San Jose, le nouveau gourou de la tech californienne est venu parler d’intelligence artificielle et de ses énormes besoins en puissance de calcul : « Le monde de demain n’échappera pas à l’IA, insiste-t-il. Le pouvoir que cette technologie est en train de prendre est intrinsèquement lié aux puces. Donc cela requiert un investissement massif dans ce domaine si nous voulons réussir. »

Deux semaines plus tôt, le patron d’OpenAI a révélé son vaste plan, estimé à près de 7 000 milliards de dollars, visant à remodeler l’industrie mondiale des semi-conducteurs pour doper la production de processeurs graphiques (GPU), ces puces indispensables à l’entraînement des intelligences artificielles. Jusqu’à présent, OpenAI a développé son IA en utilisant les ressources de Microsoft. Désormais, il mène une quête mondiale de financements, du côté du gouvernement américain mais aussi des Emirats arabes unis.

« Combien de GPU sont nécessaires pour entraîner ChatGPT ? », l’interroge le patron d’Intel. « Plus nous mettons de ressources dans nos modèles, plus ils seront performants », lui répond Sam Altman.

OpenAI est confronté à la rareté de ces composants très coûteux, de l’ordre de 40 000 dollars pièce, dont la production est assurée essentiellement par l’américain Nvidia. Le champion mondial de l’IA doit absolument diversifier ses sources d’approvisionnement. Sam Altman fait de l’œil au taïwanais TSMC, géant mondial du secteur, mais il aura aussi besoin d’Intel, qui vient d’ailleurs de sceller un accord de 15 milliards de dollars avec Microsoft.

L’intelligence artificielle a investi tous les domaines, s’emballe le patron d’OpenAI : éducation, santé, recherche scientifique… « This is a big deal », un business considérable, lance-t-il. Le marché explose et les concurrents vont devenir nombreux, mais OpenAI conforte pour l’instant sa place de leader et fixe les standards. Sam Altman compare l’IA générative à l’apparition de l’iPhone, en 2007 : « Au début, on se pose des questions tellement cela paraît fou de disposer de toutes ces fonctionnalités dans un appareil, puis tout le monde finit par l’adopter. »

Mais ne vous attendez pas à ce que ce gourou techno sorte sa boule de cristal pour prédire ce que donnera précisément l’IA ces années à venir.

« Il y a tellement d’opportunités possibles », soupire-t-il. Un comble, ou un jeu de dupes pour celui qui est aux manettes du leader du secteur. La vitesse de déploiement de l’IA et ses capacités se sont dernièrement illustrées avec Sora, générateur de vidéos développé par OpenAI, aux résultats impressionnants.

Intérêt des régulations

L’émergence éclair de cette technologie disruptive interroge les régulateurs européens et américains, qui tentent de suivre et de fixer un cadre. Sam Altman voit plutôt d’un bon œil que le gouvernement américain s’y intéresse. Il a d’ailleurs échangé quelques jours plus tôt avec Gina Raimondo, secrétaire d’Etat au Commerce. Mais les politiques avancent encore à tâtons. « Chaque gouvernement fait des choses différentes et il faut voir si ces initiatives fonctionnent ou non », commente-t-il. Pas un mot en revanche sur Elon Musk, grand pourfendeur d’OpenAI. Cofondateur de l’entreprise en 2015, le milliardaire s’en est depuis dissocié et a porté plainte début mars contre ses dirigeants, qu’il accuse d’avoir détourné la plateforme de sa mission, notamment en s’alliant à Microsoft. Le roi de l’IA est aussi un expert de l’esquive. Interrogez-le sur son impact écologique, et il répondra que « le coût environnemental doit être aussi conséquent que celui de la performance. » Une formule à la Chat-GPT.

Margaux Vulliet (à San Jose)

Making of

Invité star de l’IFS Direct Connect d’Intel, le 21 février à San Jose, Sam Altman a dialogué durant une heure avec le patron d’Intel, Pat Gelsinger, devant un public conquis. Et quelques journalistes.

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